Ici, on ne « construit » pas une maison : on la fait naître. Papa Griot vous emmène chez ceux qui façonnent la terre.
Papa Griot
Une takienta
Awa
Kofi
Fais défiler pour commencer ↓
1
MONTS DE L'ATAKORA — TOGO ET BÉNIN
Le pays où les maisons ont des yeux
« Ce soir, les enfants, pas de bataille ni de couronne. Je vous emmène voir des maisons. Mais attention : des maisons comme il n'en existe nulle part ailleurs — des tours de terre crue, avec des greniers coiffés de chapeaux de paille... et des yeux au-dessus de la porte. »
Le Koutammakou — les takienta parsèment la savane au pied des monts de l'Atakora.
Nous sommes dans le Koutammakou, à cheval sur le nord du Togo et du Bénin, au pied des monts de l'Atakora. Ici vivent les Batammariba — un nom qui signifie, à peu près, « ceux qui façonnent la terre ». Leurs voisins et les colons les ont appelés « Tamberma » ou « Somba » ; eux ont toujours su comment ils s'appelaient.
Des yeux au-dessus de la porte ? Tu inventes, Papa Griot !
Va vérifier, Awa ! Au-dessus de l'entrée de chaque takienta, deux petites niches regardent le visiteur. Car pour les Batammariba, la maison n'est pas un tas de terre : c'est un être. Elle a un visage, un ventre, des entrailles. On la nourrit, on lui parle, et quand son bâtisseur meurt... on la laisse mourir avec lui.
La takienta est une petite forteresse familiale : un rez-de-chaussée sombre pour les bêtes et les esprits protecteurs, une terrasse où l'on vit, dort et sèche les récoltes, et des greniers-tourelles coiffés de cônes de chaume. Le tout en terre crue, sans un plan dessiné, sans un clou.
Un patrimoine mondial vivant
En 2004, l'UNESCO inscrit le Koutammakou togolais au patrimoine mondial — un paysage culturel vivant, pas un musée. En 2023, le site est étendu au versant béninois : le pays des Batammariba est reconnu dans son ensemble, par-delà la frontière coloniale qui le coupe en deux.
Attends... la frontière passe au milieu de leur pays ?
Comme pour tant de peuples d'Afrique, Kofi. Les frontières tracées à la règle en Europe n'ont demandé leur avis à personne. Mais retiens ceci : les takienta se dressent des deux côtés de la ligne — la culture, elle, n'a pas de poste-frontière.
D'OÙ VIENNENT LES BATAMMARIBA ?
Les traditions orales évoquent des migrations depuis le nord et l'ouest, sans doute vers les XVIIe-XVIIIe siècles, pour fuir des pouvoirs envahissants. Les historiens rattachent leur langue au grand ensemble gur de la région, mais la chronologie fine des installations reste débattue. Une chose est sûre : ils ont choisi ces collines pour y vivre libres.