Le pouvoir qui circule — Éthiopie, du XVIe siècle à nos jours
Et si on t'avait appris que la démocratie n'a qu'un seul berceau ? Papa Griot a une autre histoire à raconter.
Papa Griot
Un Abbaa Gadaa
Awa
Kofi
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ÉTHIOPIE — LE PAYS OROMO
Sous l'arbre odaa
« Les enfants, fermez les yeux. Nous sommes dans la corne de l'Afrique, chez les Oromo — l'un des plus grands peuples d'Éthiopie. Sous un immense sycomore, des centaines d'hommes débattent depuis des jours. Ils ne se battent pas : ils font la loi. »
L'Abbaa Gadaa
L'assemblée se tient à l'ombre de l'odaa, le sycomore sacré — le parlement a un arbre pour toit.
Ce que tu regardes s'appelle le gadaa : le système par lequel les Oromo se gouvernent. Pas de roi héréditaire, pas de trône qui se transmet de père en fils. À la place, une règle simple et vertigineuse : tous les huit ans, le pouvoir change de mains — entièrement, pacifiquement, selon un calendrier fixé d'avance.
Tous les huit ans ? Mais qui décide qui commande, alors ?
Personne ne le décide au dernier moment, Kofi — et c'est tout le génie du système. Chaque homme oromo appartient dès la naissance à une classe qui avance dans la vie comme une promotion d'école : on apprend, on s'exerce, on gouverne... puis on conseille. Chaque chose en son temps.
Le mot « gadaa » désigne à la fois le système entier et la période de huit ans pendant laquelle une classe exerce le pouvoir. À sa tête : l'Abbaa Gadaa, le « père de la période », élu par ses pairs — un premier parmi d'autres, jamais un monarque.
Qui sont les Oromo ?
Le plus grand groupe de population d'Éthiopie — plus d'un tiers du pays — présent aussi au nord du Kenya. Éleveurs et agriculteurs, ils parlent l'afaan oromo, une langue couchitique. Le gadaa est au cœur de leur identité politique et culturelle.
Et c'est vieux comment, ce système ?
Les moines éthiopiens le décrivent déjà par écrit en 1593, Awa — et il était alors en pleine force. Fais le calcul : quand certains pays d'Europe coupaient encore la tête de leurs rois pour changer de gouvernement, les Oromo, eux, changeaient le leur... à date fixe.
DEPUIS QUAND EXACTEMENT ?
Le premier témoignage écrit date de 1593 — la chronique du moine Bahrey —, mais le système est manifestement bien plus ancien. Les traditions orales et les généalogies des classes font remonter le gadaa à plusieurs siècles avant cela. Les historiens s'accordent sur son ancienneté ; sa date de naissance, elle, reste hors de portée.