L'HISTOIRE, PAS LE MYTHE

Les Agojie

Les femmes soldats du Danxomè — Bénin, XVIIIe-XIXe siècle
On les a appelées « Amazones ». Papa Griot préfère leur vrai nom — et leur vraie histoire, plus étonnante que la légende.
Papa Griot
Une agojie
Awa
F
Kofi
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XVIIIe-XIXe SIÈCLE — ROYAUME DU DANXOMÈ

Les épouses du roi

« Ce soir, les enfants, je vous emmène à Abomey, dans l'actuel Bénin. Derrière les murs rouges du palais royal vit un corps de soldats que toute la région redoute. Et ces soldats... sont des femmes. »
Une agojie
Abomey, capitale du Danxomè — le palais royal et ses murs de terre rouge ornés de bas-reliefs.
Le royaume du Danxomè — que les Européens écrivent « Dahomey » — s'est bâti au XVIIe siècle autour d'Abomey. Ses rois tiennent un État centralisé, une armée permanente et un commerce redoutable. Dans le palais, des centaines de femmes servent la couronne : ce sont les ahosi, « épouses du roi » — un statut, plus qu'un mariage.
Des femmes soldats... c'était courant, à l'époque ?
Non, Awa — et c'est bien pour ça que tous les visiteurs européens en restaient bouche bée. Une armée de femmes permanente, entraînée, casernée au palais : au XIXe siècle, le Danxomè est un cas quasi unique au monde.
Pourquoi « Agojie » ?
C'est l'un des noms du corps en langue fon — on trouve aussi « agodjie » ou « mino ». « Amazones » est le surnom donné par les Européens, en référence aux guerrières de la mythologie grecque. Le mythe commence déjà dans le choix du mot.
QUI A CRÉÉ LE CORPS ?
La tradition orale attribue souvent sa création à Tassi Hangbé, qui aurait régné au début du XVIIIe siècle après son frère Akaba — un règne que la mémoire officielle du royaume a longtemps effacé. Les historiens restent prudents : des chasseresses d'éléphants (gbeto) existaient sous ses prédécesseurs, et c'est le roi Guézo, au XIXe siècle, qui fera du corps une véritable armée. Origine débattue, existence certaine.